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janvier 7, 2024
Origine

Jusqu’à récemment, il n’existait aucun terme pour désigner les crimes aujourd’hui regroupés sous le concept de génocide. En 1943, pour dénoncer les massacres de Juifs par les nazis, Winston Churchill a parlé d’un « crime sans nom ». C’est Raphaël Lemkin, un avocat américain d’origine juive polonaise, qui a forgé le mot génocide en 1944. La racine du terme vient du mot grec genos, qui signifie espèce, et du suffixe latin -cide, issu de caedere, qui signifie tuer. On peut le comparer à certains mots contenant également le suffixe -cide, comme homicide et fratricide.

Signification

 

Par génocide, nous entendons la destruction d’une nation ou d’un groupe ethnique. »
Source : Revue d’Histoire de la Shoah
Raphaël Lemkin

…le génocide s’entend de l’un quelconque des actes ci-après commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel :
(a) Meurtre de membres du groupe ;
(b) Atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe ;
(c) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ;
(d) Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ;
(e) Transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe.
Organisation des Nations Unies (ONU)

Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, adoptée le 9 décembre 1948.

Il convient de noter que la contribution de Lemkin et la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide ont conduit à la création du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY, 1993) et du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR, 1994). La définition du génocide par l’ONU, fruit de longues négociations entre les États membres, n’est pas universellement acceptée et reste difficile à appréhender pour beaucoup.

Ainsi, dans le cas du génocide perpétré contre les Tutsi du Rwanda, les bourreaux et les survivants ont leur propre définition du génocide.

Les bourreaux utilisaient le terme codé Gukora = travailler, pour désigner l’entreprise d’extermination des Tutsi. Tuzabatsembatsemba = nous allons vous exterminer ou nous allons les exterminer, était le cri de guerre des bourreaux tout au long du génocide.

Les survivants du génocide

Genocide survivors

« Le génocide, c’est quand l’humanité vous tourne le dos : quand, sous vos yeux, des amis, des connaissances, des maris et des épouses se transforment en tueurs ; quand votre cœur saigne parce que vous n’avez plus de voisin pour vous aider alors que votre agonie dure des mois ; quand votre humanité vous est refusée ; quand des enfants sont tués alors que des chiens sont évacués ; quand personne ne prend en compte votre désillusion le jour où vous découvrez qu’ils vous ont regardé vous faire hacher menu à la machette. »
Source: Annick Kayitesi-Jozan, Even God Doesn’t Want to Get Involved .
Annick Kayitesi-Jozan

« …J’aime comparer le génocide au cancer… quiconque a connu le Rwanda en 1994, de près ou de loin, a eu cette maladie, ce cancer du génocide… Nous savons que nous vivrons avec, qu’il ne disparaîtra jamais. »
Source: Projet réalisé par Page-Rwanda: Rencontre des survivants du génocide des Tutsi du Rwanda.
Frédéric Mugwaneza

Étape du génocide

 

« Nous avons tiré d’importantes leçons. Nous savons plus que jamais que le génocide n’est pas un événement isolé, mais un processus qui évolue au fil du temps, et qui nécessite de la planification et des ressources pour être mené à bien. Aussi terrifiant que cela puisse paraître, cela signifie également qu’avec une information adéquate, de la mobilisation, du courage et une volonté politique, le génocide peut être prévenu. »

Secrétaire général Ban Ki-moon, lors du lancement à New York de Kwibuka20, la 20e commémoration du génocide au Rwanda.

Clarification

Étant donné que le génocide de 1994 au Rwanda n’a pas été perpétré contre l’ensemble du peuple rwandais mais spécifiquement contre les Tutsi, il est crucial de réitérer que les termes suivants, souvent utilisés, sont inexacts ou incomplets : « génocide rwandais », « génocide au Rwanda », « génocide du Rwanda », « génocide de 1994 au Rwanda », etc.

La terminologie « génocide des Tutsi », qui peut prêter à confusion, doit également être évitée, car certains pourraient l’interpréter comme un génocide commis par les Tutsi. La seule terminologie exacte, reconnue par l’Assemblée générale des Nations Unies, est : « Génocide de 1994 contre les Tutsi au Rwanda ». En bref, en français nous dirons : « Génocide contre les Tutsi au Rwanda ».

Selon Gregory H. Stanton, professeur, chercheur et auteur spécialisé, le génocide suit un processus complexe mais prévisible. Il a identifié 10 étapes dans le développement d’un génocide qui ne suivent pas nécessairement un ordre rigide, mais peuvent coexister et se chevaucher.
Source:
Genocide Watch
Musée de L’holocauste de Montréal

Les dix étapes d'un génocide

  1. Classification
  • Catégories pour distinguer les gens entre « nous et eux » par la nationalité, la race, l’ethnie, la religion, etc.
  • Rwanda : Distinction entre Hutu, Tutsi, Twa par les cartes d’identité. Le 1er janvier 1932, la Belgique, qui a reçu de la Société des Nations le mandat de gouverner le Rwanda-Urundi en 1924, introduit des cartes d’identité à caractère ethnique distinguant Hutu, Tutsi et Twa. Ces cartes seront largement utilisées par la première République (1962-1973) et la deuxième République (1973-1994) pour promouvoir une idéologie raciale et raciste au Rwanda. Source : Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).
  1. Symbolisation
  • Identification des gens par des noms : Allemands vs Juifs; Hutu vs Tutsi vs Twa; distinction par des vêtements, des couleurs, des symboles.
  • Rwanda : Identification par l’apparence physique, la taille, la forme du nez.

La classification et la symbolisation se retrouvent dans toutes les sociétés. Elles deviennent problématiques quand elles conduisent à la déshumanisation

  1. Discrimination
  • Le groupe dominant utilise la loi et le pouvoir pour refuser aux groupes ciblés leurs droits.
  • Rwanda : Discrimination des Tutsi en éducation, dans la fonction publique, l’armée et la police. Certains qualifiaient les Tutsi d’étrangers dans leur propre pays.
  1. Déshumanisation
  • Par des tactiques de déshumanisation, déni de l’humanité du groupe victime assimilé à des animaux, des insectes ou des maladies. La propagande haineuse incite le groupe dominant à considérer les membres du groupe ciblé comme étranger et sous-humain.
  • Rwanda : Les « media de la haine » décrivent les Tutsi comme des serpents, des cancrelats, des maladies. Pendant le génocide, la Radio-télévision des mille collines (RTLM) répétait inlassablement : « Tuez tous les cancrelats ». « Si cette maladie n’est pas traitée immédiatement, elle détruira tous les Hutu ».
  1. Organisation
  • Planification du génocide généralement par l’état qui utilise le pouvoir politique, l’armée, les milices, etc.
  • Rwanda : Formation, entraînement et armement de la milice « Interahamwe ». Fourniture en catimini des armes, principalement des machettes à des Hutu.
  1. Polarisation
  • Amplification des différences entre les groupes par une propagande de haine polarisante.
  • Rwanda : Les « media de la haine » véhiculent une idéologie raciste virulente (voir les 10 commandements du Hutu du Journal Kangura); démonstrations de force des milices « interahamwe» qui molestent impunément les Tutsi.
  1. Préparation
  • Identification des victimes; obligation de porter des symboles; préparation des listes de mise à mort; mise en place des structures du génocide.
  • Rwanda : Constitutions des équipes d’auto-défenses civiles pour lutter contre l’ « ennemi »; mise en place des barrières; obligation de porter sur soi la carte d’identité.

 

  1. Persécution
  • Mise à part des victimes en raison de leur identité ethnique ou religieuse; expropriation des victimes; déplacement forcé des victimes; perpétration d’actes de génocide pour tester la réaction de la communauté internationale.
  • Rwanda : Identification des maisons des victimes; regroupement des victimes dans des lieux publics tels les églises, les bureaux communaux de l’administration; appropriations des biens des victimes « kubohoza»; actes de génocide aux barrières.
  1. Extermination
  • Début des massacres qui deviennent vite des meutres de masse appelés génocide. Les génocides sont très souvent commis par les états. Les viols sont utilisés comme une arme de guerre. Les viols de masse de femmes et de filles sont une caractéristique de tous les génocides modernes. Un contexte de guerre peut masquer le caractère génocidaire des massacres.
  • 7 avril 1994, début du génocide contre les Tutsi. En 100 jours, les agents administratifs, l’armée, la gendarmerie, les milices avec la participation active d’un bon nombre de Hutu ordinaires, hommes et femmes, ont massacré sans pitié 1 074 017 Tutsi de tout âge. Source : Rapport du ministère rwandais de l’administration du territoire publié en juillet 2000.
  • Le viol des filles et femmes tutsi a été pratiqué à grande échelle et il a été utilisé comme arme de génocide. Kubohora est le terme codé utilisé par les bourreaux pour nommer ces cas de viols et violences sexuelles. Le viol d’hommes et de garçons aurait aussi été pratiqué par certains bourreaux, mais il reste à documenter. Pour la première fois, 2 septembre 1998, dans le jugement historique de Jean-Paul Akayesu, le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) a reconnu le viol comme crime de génocide.
  • La période du génocide est souvent faussement désignée par les gens comme une période de guerre car le génocide est survenu dans un contexte de guerre commencée le 1er octobre 1990 par le Front patriotique rwandais (FPR) contre le gouvernement rwandais. On entend souvent dire : « Pendant la guerre » au lieu de : « Pendant le génocide ».
  1. Déni :
  • Négation du génocide, le déni est présent pendant et après le génocide. Manifestations du déni : refuser toute responsabilité, faire disparaître les preuves, blâmer la guerre, rejeter la faute sur les victimes.
  • Rwanda : dénégation de participation au génocide, complicité pour cacher la vérité, refus d’indiquer où sont les corps des victimes, tentatives de faire croire à un double génocide, refus de participer aux commémorations, refuser d’utiliser la terminologie «génocide contre les Tutsi du Rwanda », pour utiliser des termes vagues, comme tragédie rwandaise.