Chronologie de l'histoire du Rwanda et de la persécution des Tutsi au Rwanda
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En 1884, les puissances européennes se réunissent à Berlin pour découper le continent africain sans consulter ses populations. Le Rwanda est alors attribué à l'Empire allemand, marquant le début d'une domination coloniale qui bouleversera profondément les structures sociales du pays.
Le capitaine Hans Ramsay, chef de la « station Udjidji », établit les rapports politiques avec la Cour du Rwanda et ce de manière pacifique. Pendant la colonisation de l’Afrique, c’était une station coloniale allemande sur le lac Tanganyika. C’est ville située sur la rive orientale du lac Tanganyika, aujourd’hui intégrée à Kigoma, en Tanzanie. Historiquement, c’était une position stratégique face au Congo belge, sur un axe de commerce reliant l’intérieur de l’Afrique à la côte de l’océan Indien.
Mgr J. Hirth, missionnaire d’Afrique ou Père Blanc et vicaire apostolique du vicariat du Nyanza méridional arriva à la cour du Rwanda à la tête d’une délégation de trois missionnaires et de nombreux auxiliaires étrangers. Il fonda la première mission catholique du pays, à Save dans le Bwanamukari, et entreprit le mouvement d’évangélisation du pays. Save est une petite ville et un secteur administratif du district de Gisagara, dans la province du Sud du Rwanda.
Dr Jan Czekanowsky, ethnologue Polonais de la Commission d'Etude du Duc Adolphe Frédéric de Mecklembourg établit des différences morphologiques attribuées aux trois « races » hutu, tutsi, et twa, à la suite de centaines d'expériences dans plusieurs régions du Ruanda, et en particulier à Nyanza. Ces études pseudoscientifiques contribueront plus tard à la stigmatisation et persécution des tutsi jusqu’à leur génocide de 1994. Le duc Adolphe Frédéric de Mecklembourg, homme politique colonial et scientifique, dirigea une expédition de recherche scientifique dans la région de l’Afrique centrale. Il invita le Dr Jan Czekanowski, considéré comme un grand anthropologue, à se joindre à une expédition de recherche (1907 – 1909) en Afrique centrale, incluant le Rwanda.
Le 15 Novembre 1907 : le médecin allemand d’origine juive Richard Kandt fut nommé « Résident Impérial du Rwanda ».
Le 15 Novembre 1907: le médecin Richard Kandt (alias Kanayoge) installé à Shangi (surnommé Bergfrieden), ensuite à Gakira dans le Nyantago , allemand d’origine juive, qui avait sillonné le pays depuis 1898 se livrant à des études en naturaliste (botanique, géologie, etc.) fut nommé « Résident Impérial du Rwanda ».
En mai 1916, en pleine Première Guerre mondiale, les troupes belges entrent à Kigali et chassent l'armée allemande du territoire. Les forces combattantes sont rapidement remplacées par une administration d'occupation, marquant le passage du Rwanda sous le contrôle de la Belgique.
Le major Declerck (surnommé Majoro) est désigné comme Résident du Rwanda par la Belgique. Arrivé à Kigali le 30 mai, sa mission est hautement stratégique : apaiser le roi Yuhi V Musinga et stabiliser le pays en s'appuyant temporairement sur l'autorité de la monarchie traditionnelle.
En 1919, le major Declerck est remplacé par F. Van Den Eede (surnommé Sebiziga), premier résident civil belge. Bien que le régime d'occupation militaire se maintienne en arrière-plan jusqu'en 1926, cette nomination marque le début d'une transition progressive vers une gouvernance bureaucratique coloniale.
Mgr Léon Classe est nommé Vicaire Apostolique du Rwanda. Il joue un rôle déterminant auprès de l'administration belge en soutenant une politique coloniale raciste qui favorise les Tutsi pour leurs prétendues « capacités innées de gouverner ». Cette influence religieuse contribue à ancrer durablement des clivages artificiels dans le pays.
L’institution national Itorero est aboli par l’administration coloniale belge. Dans le Rwanda précolonial, l'Itorero ry’Igihugu (ou Itorero national) était une institution éducative et un mécanisme par lequel le pays transmettait diverses instructions liées à ses valeurs culturelles. Il jouait également le rôle de forum national pour former les futurs dirigeants du pays. Depuis lors, l’ecole moderne – chrétienne et coloniale – commença à enseigner les théories raciales mettant en avant l’origine pseudoscientifique des tutsi, hutu, et twa et leurs différences morphologiques et culturelles.
Le 20 octobre 1924, le Parlement belge approuva le Mandat de type « B » sur le Rwanda. À partir de ce moment-là, le Rwanda passa du statut de « territoire occupé » à celui de « territoire sous mandat belge ». Les territoires classés Mandat de type B : jugés « moins avancés », nécessitant une tutelle plus stricte. Ils ne pouvaient pas avoir d’autonomie politique immédiate. L’administration était confiée à une puissance coloniale, qui devait interdire l’esclavage, le commerce des armes et de l’alcool, mais pouvait exploiter les ressources.
Abolition des institutions « ubwiru » et « umuganura » par l’administration coloniale belge. Dans le Rwanda précolonial, « ubwiru » faisait référence à un système de rites sacrés, de connaissances secrètes et de pratiques religieuses réservés aux initiés, notamment les prêtres (abiru) qui servaient la cour royale. « Umuganura » était (et est de nouveau aujourd’hui) une fête rituelle nationale du premier fruit de la récolte, une sorte de "fête des moissons" célébrée chaque année.
L'administration belge instaure l'« Ibuku », un livret d'identité obligatoire qui fige chaque citoyen dans une catégorie raciale rigide (Hutu, Tutsi ou Twa). Cette classification administrative transforme des identités socio-économiques fluides en étiquettes immuables, posant le jalon bureaucratique mortel qui servira à cibler les victimes lors du génocide.
Le 16 novembre, Mutara III Rudahigwa est intronisé roi sous l'étroite tutelle de l'administration belge. Malgré ce contrôle, il tentera de préserver l'unité du peuple rwandais et de combattre la ségrégation naissante, déclenchant de profonds conflits avec les autorités coloniales et l'Église catholique.
Le 27 octobre 1946 : Le décret du roi Mutara III Rudahigwa consacrant le Rwanda au Christ-Roi, à Nyanza, fit du christianisme, à travers l’Église catholique, la religion d’État. Toutes les autres pratiques religieuses traditionnelles furent interdites (Kubandwa, Guterekera, etc.).
13 décembre 1946 : en tant que puissance administrant le Rwanda dans le cadre du système de mandat de la Société des Nations, la Belgique et l’ONU conclurent un accord plaçant le Rwanda sous régime de tutelle le. Cet accord fut approuvé par le Parlement belge le 25 avril 1949.
Quelques membres du Conseil Supérieur Pays (CSP) ont publié un document intitulé, “Une Mise au point”. Il était adressé à l’autorité coloniale et les demandes exprimées sont : un système éducationnel plus développé (avec une université), accorder plus de pouvoirs au roi et au conseil supérieur du pays, élaborer un véritable programme de développement économique et social et supprimer le racisme (entre blancs et noirs).
Le 24 mars 1957 : le document intitulée “Le Manifeste des Bahutu ou Note sur l’aspect social du problème racial indigène au Ruanda » fixa d’emblée le débat politique sur un seul aspect du différend colonial, celui des relations entre les Hutu et les Tutsi ou plus précisément l’exploitation des Hutu par les Tutsi depuis des siècles, oubliant complètement les nombreux problèmes politiques et socio-économiques, partagés par la très grande majorité des Rwandais et surtout les responsabilités de la Tutelle et de l’Eglise catholique dans la cristallisation des rapports entre Hutu et Tutsi.
Le 25 juillet 1959, le roi Mutara III Rudahigwa meurt subitement à Bujumbura dans des circonstances troubles et non élucidées, peu après une injection administrée par un médecin colonial belge. Sa disparition inattendue crée un vide de pouvoir dramatique : elle prive le pays d'un fervent défenseur de l'unité et précipite le Rwanda dans une crise politique majeure.
Cet homme est monsieur Gitera Habyarimana Joseph, le premier auteur de Dix Commandements des Hutu publie en 1959 ? il est aussi fondateur du parti APROSOMA.
Le 1er novembre 1959 éclate une flambée de violence ciblant les Tutsi, parfois qualifiée de « Toussaint rwandaise ». Encouragés par le pouvoir colonial et l'Église, des leaders extrémistes comme Joseph Gitera (fondateur de l'APROSOMA) et le parti PARMEHUTU incitent aux persécutions. Ces violences forcent des centaines de milliers de Tutsi à fuir vers les pays limitrophes, marquant le début d'un long et douloureux exil.
Le 28 janvier 1961 : Eut lieu le coup d’État de Gitarama soutenu par l’administration coloniale. Plusieurs décisions y furent prises, notamment l’abolition de la monarchie, la proclamation de la république et la nomination de Dominique Mbonyumutwa comme premier président, tandis que Grégoire Kayibanda restait Premier ministre.
Le 26 octobre 1961 : Grégoire Kayibanda fut élu et confirmé en tant que président de la Première République du Rwanda.
Le 1er juillet 1962, le Rwanda accède officiellement à l'indépendance. Cependant, cette transition est entachée de sang : dès le mois de mars, des milliers de Tutsi et de Hutu membres du parti d'opposition (l'UNAR) sont victimes de violents massacres de représailles. L'indépendance scelle ainsi la mise en place d'un régime fondé sur l'exclusion et la violence politique.
Suite aux attaques de réfugiés tutsi tentant de rentrer au pays par la force, le gouvernement orchestre de vastes massacres de représailles. Entre 25 000 et 35 000 Tutsi de l'intérieur sont assassinés dans toutes les préfectures. Face à l'ampleur et à la planification de ces tueries, plusieurs médias occidentaux utilisent alors pour la première fois le terme de « génocide ».
Discours du Président Grégoire Kayibanda aux réfugiés rwandais tutsi les menaçant de génocide s’ils continuaient à attaquer le Rwanda.
La culture de l’impunité a joué un rôle majeur dans la participation massive de la population hutu à l’exécution du crime. L’engagement actif aux tueries constituait une fierté et les personnes qui s’opposaient à l’idéologie d’extermination, étaient considérées comme des traîtres à la cause hutu.
Le 20 mai 1963 le Rwanda a promulgué une scandaleuse loi qui consacrait l’impunité pour les assassins des Tutsis.
Cette loi accompagnée de discours de haine des politiciens, avait fait comprendre aux paysans ordinaires que tuer un Tutsi était méritoire, pas un crime répréhensible.
En février 1966, le président Grégoire Kayibanda promulgue une loi interdisant formellement aux réfugiés tutsi de revenir dans leur propre pays. Parallèlement, l'État saisit tous leurs biens et propriétés pour les redistribuer aux dignitaires du régime. Cette spoliation légale pérennise l'exil et renforce l'injustice d'État.
Dans la nuit du 26 au 27 février 1973, le gouvernement de Kayibanda orchestre une vaste campagne d'exclusion. Partout dans le pays, des listes de Tutsis jugés « indésirables » sont affichées simultanément. Les élèves et professeurs sont violemment chassés des écoles, et les fonctionnaires exclus de l'administration. Le silence total des autorités face à ces attaques prouve la parfaite coordination de cette terreur d'État.
Le 1er août 1973, sous la nouvelle présidence de Juvénal Habyarimana, la politique d'« équilibre ethnique et régional » est officiellement renforcée. Ce système de quotas stricts limite drastiquement l'accès des Tutsis — et des Hutus n'étant pas originaires du nord-ouest — à l'éducation, à l'armée et à la fonction publique. L'État rwandais institutionnalise ainsi la discrimination légale en bloquant l'avenir des citoyens sur la seule base de leur origine.
En 1982, l'Ouganda expulse violemment des milliers de réfugiés tutsis. Le gouvernement rwandais de Juvénal Habyarimana refuse catégoriquement de les accueillir, les bloquant à la frontière dans des conditions dramatiques. Face à ce rejet d'État et à l'impossibilité d'un retour pacifique, la diaspora s'organise, posant les jalons de la création du Front Patriotique Rwandais (FPR) en décembre 1987.
Le 1er octobre 1990, le FPR déclenche une lutte armée pour imposer le droit au retour des exilés.
Dès le 4 octobre, l'armée rwandaise simule une fausse attaque rebelle sur la capitale, Kigali. Cette machination militaire sert de prétexte absolu au régime pour arrêter arbitrairement et torturer plus de 10 000 civils tutsis à travers le pays, les accusant d'être des « complices » (Ibyitso) de l'ennemi.
En novembre 1992, le professeur Léon Mugesera, haut dignitaire du parti présidentiel de Juvénal Habyarimana, prononce un discours incendiaire d'une violence inouïe. Il appelle publiquement les Hutus à exterminer tous les Tutsis et à jeter leurs corps dans la rivière Nyabarongo pour les renvoyer en « Abyssinie ». Ce discours public, resté impuni, marque un point de non-retour dans la préparation idéologique du génocide.
En mars 1993, une commission d'enquête internationale publie un rapport accablant documentant le massacre de milliers de civils tutsis par les autorités rwandaises. Fait historique majeur : la commission s'interroge déjà publiquement sur la qualification de « génocide ».
Le rapport lance un avertissement glaçant au monde entier : « Quoi qu'il en soit des qualifications juridiques, la réalité est tragiquement identique : de nombreux Tutsis, pour la seule raison qu'ils appartiennent à ce groupe, sont morts, disparus ou gravement blessés [...] ; ont dû fuir leur lieu de vie et sont contraints de se cacher ; les survivants vivent dans la terreur. »
Le 6 avril 1994, l'avion du président Habyarimana est abattu. Cet événement sert de déclencheur à la mise à exécution d'un plan d'extermination minutieusement préparé par l'État. Dès le 7 avril, le génocide contre les Tutsi commence. En l'espace de cent jours, plus d'un million d'hommes, de femmes et d'enfants sont massacrés par les milices Interahamwe et les forces gouvernementales.
Le 4 juillet 1994, le FPR-Inkotanyi défait le gouvernement génocidaire, prend le contrôle du pays et met fin aux tueries, ouvrant la voie à la longue et douloureuse reconstruction du Rwanda.
































